samedi 28 mai 2016

Plage de Nakanoshima



Je prends mon vélo en provenance de Hirara pour traverser le pont de Irabu, puis rejoint l'île de Shimoji où se trouve la plage de Nakanoshima.


Comme sur la plupart des plages, quelques employés accueillent les visiteurs et louent le matériel nécessaire pour profiter des lieux.


Dont l'habituel joueur de sanshin.





C'est un excellent spot de snorkeling, de jour comme de nuit.



Il vaut mieux être équipé de palmes et être bon nageur pour s'aventurer au-delà des récifs, car les vagues peuvent s'y déchainer et les courants y sont forts.







vendredi 27 mai 2016

Katsu de poulet

Recouvrir un épais filet de poulet de farine, puis le passer dans un oeuf battu assaisonné de sel et poivre, et enfin bien le recouvrir de panure. Faire frire environ une minute et demi par face, ou jusqu'à obtenir une belle dorure. 

Recouvrir d'une sauce tonkatsu mélangée avec un peu de sauce d'huître (オイスターソース oisutaa soosu) et accompagner de riz et de chou chinois râpé.


jeudi 26 mai 2016

Connections 2

Hier j'ai découvert le nom de ma patronne en allant demander son numéro de téléphone au secrétariat du bentoya. Je l'appelle pour demander mon soir de congé. J'avais besoin d'une bonne nuit de sommeil, car Yagi-chan m'a mit sur un plan de nettoyage de yacht.

Plutôt qu'une nuit de sommeil, le patron du restaurant où Yagi-chan est chef, Ka-cchan, profite de mon congé pour m'inviter au restaurant en compagnie de Junko, son ami irlandais Peter, et Yagi-chan. Puis, après quelques demis de Guiness au bar Coppacabana (présence irlandaise oblige), l'idée me prend d'aller faire découvrir le village de LOEWE à Peter, et tout le monde suit, sauf Yagi visiblement épuisé qui rentre chez lui à pied.

Junko me réveille vers 10 heures ce matin, et je fonce sur mon vélo vers le port de Tsuriba. Sur le yacht Yagi est déjà au turbin (nous devions commencer avant 9 heures), et Ooshima-san, le commanditaire, un mécanicien ami de Ka-cchan, me salue, ainsi que Ka-cchan lui-même avec qui ils sirotaient une canette de thé à la goyave: "Tout le monde était bien euphorique hier, hein!" (「昨日みんなハッピーだったね!」 kinou minna happi datta ne!).

A l'issue d'une bonne journée passée à frotter à l'éponge et huile de coude tous les recoins de ce beau bateau, Ooshima-san note mon numéro de téléphone et promet de me contacter de nouveau pour ce genre de boulot. Yagi-chan s'extasie du travail accompli: "Je préfère largement nettoyer un beau bateau comme celui-là plutôt que de faire du ménage!"  (「家の掃除より、船の掃除のほうが気持ちだね ie no souji yori, fune no souji no houga kimochi da ne), nous rentrons à la plage de Painagama pour son habituelle bière d'après-travail (お疲れビール otsukare biiru).


mercredi 25 mai 2016

Les vrais okonomiyakis de Junko

Raper une igname pour obtenir une pâte collante (とろろ tororo) dans un cul-de-poule, battre avec un oeuf, un peu d'eau et environ 200g de farine.

Chauffer une poêle avec de l'huile, y verser une fine couche de la pâte obtenue. Ajouter deux poignées de choux chinois râpé à la mandoline, puis des tranches de lard, de la poudre de bonite (カツオパウダー katsuo paudaa), du tenkasu et couvrir d'une deuxième couche de pâte. Couvrir et laisser cuire à feu moyen, puis rassembler au centre de la poêle à l'aide d'une spatule et retourner. Replacer le couvercle et finir la cuisson à feu doux.


Servir dans une assiette, ajouter en liserés croisés la sauce à okonomiyaki (surtout pas de la sauce tonkatsu au risque de fortement mécontenter Junko!), la mayonnaise puis parsemer un peu de poudre de piment (からし karashi), de la poudre d'algues séchées et, bien évidemment, conclure avec les copeaux de bonite séchée (かつおぶし katsuobushi).

lundi 23 mai 2016

Plage de Yoshino



Avec Junko nous avons rencontrés Rié à une réunion de Soka Gakkai International, une secte buddhiste dont Junko est une fervente pratiquante. Rié est infirmière à Osaka et bénéficie d'une mutation de six mois à Miyakojima.


 Comme elle est en congé aujourd'hui, je l'ai contacté pour aller faire du snorkeling à la plage de Yoshino.

video

Contrairement à Aragusuku, on dépasse rapidement le récif coralien pour se retrouver en eaux profondes, où les vagues se forment et font danser les poissons. 






En observant les étiquettes des trop nombreux détritus qui jonchent le sable, on se rend compte que beaucoup proviennent de Chine et de Corée.


En cette fin d'après-midi, les surfeurs commencent à arriver à marée montante pour profiter des belles vagues qui se forment déjà.



hanafuda

A l'occasion du visionnage d'un animé avec mes collocs (Summer Wars de Mamoru Hosoda, qui se déroule dans le Nagano natal de Dodo-kun), j'ai découvert le "poker japonais", le hanafuda.



Il se joue avec un jeu de 48 cartes composées de 12 familles florales de 4 cartes correspondant aux 12 mois de l'année (Sur la photo de janvier à décembre en lisant les cartes quatre par quatre de haut en bas et de gauche à droite, à chaque mois étant associé une plante: janvier - pin, février - prunier, mars - cerisier, avril - glycine, mai - iris, juin - pivoine, juillet - lespédèze, août - miscanthe, septembre - chrysanthème, octobre - érable, novembre - saule, décembre - paulownia). Les types de cartes sont: 5 cartes Lumières (Grue, Rideau de fleurs, Lune, Pluie, Phénix), 9 cartes Tane ou Genre (animaux ou objets), 10 cartes Tanzaku ou Bande de papier et 24 cartes Simples.

Selon les règles dites "Koi Koi", jouées à deux joueurs, on détermine avant la partie le nombre de manches, 6 ou 12. Puis ou désigne le joueur qui commence en piochant chacun une carte; Le joueur qui tire la carte du mois le plus proche du début de l'année commence.

Il distribue huit cartes deux par deux à son adversaire, à lui-même, puis face visible au centre de la table. Le reste constitue la pioche.

Si les quatre cartes d'un même mois sont distribuées sur la table, la manche est annulée et les cartes rebattues. Si un des joueurs reçoit les quatre cartes d'un même mois, ou quatre paires de cartes d'un même mois, il gagne automatiquement la manche et remporte 6 points.

Une manche se déroule en quatre temps par joueur:

1- Le joueur dépose une carte de sa main sur une carte de la table du même mois. Si les trois autres cartes du mois sont sur la table, il forme une pile avec les quatre cartes. S'il ne peut former de paire, il se défausse d'une carte de son choix qu'il dépose face visible sur la table, et qui pourra ainsi être remportée ultérieurement.

2- Il pioche une carte qu'il associe de la même façon, ou dépose face visible sur la table.

3- Il remporte les groupes de cartes formés et les place devant lui.

4- S'il peut former un ou des yaku, c'est-à-dire des combinaisons de cartes, le joueur choisit d'annoncer game pour clôturer la manche et marquer les points correspondants, ou koi koi pour poursuivre le jeu et passer la main à l'adversaire.

Les yaku sont les suivants:

kasu: 10 cartes Simple, 1 pt (+ 1pt par carte Simple additionnelle)
tan: 5 cartes Tanzaku, 1 pt (+1 pt par carte Tanzaku additionnelle)
akatan: les 3 Tanzaku rouge poêmes, 5 pts (+1 pt par carte Tanzaku additionnelle)
aotan: les 3 Tanzaku bleus, 5 pts (+1 pt par carte Tanzaku additionnelle)
akatan aotan no chôfuku: les 3 Tanzaku rouge poêmes et les 3 Tanzaku bleus, 10 pts (+1 pt par carte Tanzaku additionnelle)
tane: 5 cartes Tane, 1 pt (+1 pt par carte Tane additionnelle)
inshikachou: les cartes Sanglier, Cerf et Papillons, 5 pts (+1 pt par carte Tane additionnelle)
tsukimi de ippai: les cartes Lune et Bol de saké, 5 pts
hanami de ippai: les cartes Rideau de fleurs et Bol de saké, 5 pts
sanko: 3 cartes Lumière, 5 pts
ame shiko: 4 cartes Lumière dont la carte Pluie, 7 pts
shiko: 4 cartes Lumières sans la carte Pluie, 8 pts
goko: les 5 cartes Lumière, 10 pts

Les points sont multipliés selon les règles suivantes:

Si le joueur obtient plus de 7 points, ceux-ci sont multipliés par deux.
Si le joueur remporte la manche alors que l'adversaire avait annoncé "koi koi", il double ses points.
Si le joueur obtient plus de 7 points et remporte la manche alors que l'adversaire avait annoncé "koi koi", il quadruple ses points.

Si chacun des joueurs a joué ses huit cartes sans que personne n'ai pu former de yaku, la manche est terminée et personne ne remporte de points.

A l'issu des 6 ou 12 manches, on additionne les points remportés par manche pour désigner le vainqueur.

dimanche 22 mai 2016

Plage d'Aragusuku

Par ce superbe temps ensoleillé, Yagi-chan vient me chercher dans sa Peugeot 106 bleue (qu'il conduit depuis 18 ans et avec laquelle il est venu d'Osaka) pour aller faire du snorkeling à Aragusuku.




A peine entré dans l'eau, les myriades de poissons tropicaux, pas farouches, nous baisent littéralement les mains.




Comme la marée est basse, nous nous écorchons sur la centaine de mètres de champs de coraux à traverser avant d'atteindre les profondeurs.



La pluie et un fabuleux ciel nuageux viennent accompagner notre retour.


Au retour le patron des loueurs de parasols nous asperge gentiment de vinaigre pour désinfecter les plaies. La première fois pique un peu, mais quasiment plus la deuxième.




Offres d'emploi

Pour ceux qui s'ennuiraient de leur emploi actuel et auraient soif de changement, il ne m'a pas fallu plus de deux semaines ici pour me voir proposer les jobs suivant. J'ai choisi par commodité l'enfer du bentoya, mais je peux vous mettre en relation si les postes suivant vous intéressent:

- Barman dans un "bar à filles", 800 yens de l'heure.

- Serveur dans un café: 750 yens de l'heure, de 9h à 18h, un jour de congé par semaine.

- Gardien de plage: Seul à surveiller les baigneurs de 9h à 18h avec 2 heures de pause le midi, 120,000 yens par mois, les jours d'intempéries sont chômés. Intéressant car on n'a strictement rien à faire, mais empêche toute liberté de mouvement les beaux jours.

- Loueur de parasol: Tous les jours sauf le lundi et les jours d'intempéries, 100,000 yens par mois, similaire à l'offre précédente mais avec la sociabilité en plus car on bosse dans une équipe.


- Caissier dans un magasin de proximité: 750 yens de l'heure la journée, ou de nuit avec une majoration de 25%.

- Ouvrier du bâtiment: Travail physique, dangereux (on travaille en claquettes, pas de chaussures de protection, de casque ni de masque contre les vapeurs de colle et de peinture, échaffaudages non protégés...). Salaire non connu (je n'ai tenu qu'une journée qui ne m'a toujours pas été rémunérée; était-ce un simple test de ma motivation avant de me présenter à ma patronne actuelle?). - Mise à jour (4 juillet 2016, 22h45): je viens de recevoir ¥5,000 de salaire, soit environ ¥1,000 de l'heure. -

- Récolte de tabac: Travail physique et éreintant (deux employés ont perdu connaissance la semaine dernière) mais bien rémunéré: 7000 yens par journée au début puis 8000 yens, de 8h à 18h avec 2 heures de pause le midi et 15 minutes toutes les deux heures. La nourriture, des snacks et les boissons sont également fournis. 1 jour de congé par semaine ainsi que les jours d'intempéries.

- Travail agricol: Diverses récoltes, salaire intéressant, travail physique, jours d'intempéries chômés.

- Concierge dans un hôtel de grand standing: Voilà une proposition qui me fait réfléchir, elle m'assurerait un salaire correct et un visa professionnel d'un an renouvelable, mais réduirait considérablement la liberté de jouir de mon temps et de mes déplacements. Pas question bien sûr d'emprunter la voie de cette stabilité que beaucoup semblent chérir, mais simplement de considérer une possibilité d'aventure parmi tant d'autres.

L'homme qui travaille

Aujourd'hui j'ai enfin pu taper un bout de causette avec ma collègue, qui vient utiliser les fourneaux pour préparer les omelettes rondes et les tonkatsu (とんかつ porc pâné, sauce sucré salé, oeufs brouillés). Shiho vient de Tokyo et est guide de plongée la journée. Elle a fait l'école des métiers de la mer pendant deux ans à Hiroshima et a le même âge que moi (30 ans). Elle exulte la confiance en soi et le professionalisme; les dizaines d'omellettes rondes qu'elle prépare ont une forme parfaite grâce à son geste du poignet d'une impressionnante maîtrise à force de répétition. Comme je lui ai exprimé hier ma surprise de ne pas avoir le droit de goûter ce que l'on prépare, aujourd'hui elle m'offre un morceau de tonkatsu "pour goûter." C'était sucré et goûtu.

Les autres membres de la cuisine son "ma patronne", dont je ne connais toujours pas le nom (sa toute première phrase à mon égard ayant été: "tiens, prend ça et vas te changer s'il te plaît"). Elle répète tous les noms en double et me donne sans cesse des ordres, même quand je suis déjà occupé. Peut-être pour souligner mon incompétence à ne pouvoir en même temps porter 10 kilos de riz brulant et battre une cinquantaine d'oeufs. Le plus pénible étant quand je suis déjà en train de faire les tâches en question: Si je passe à la friteuse pour y plonger les steaks hâchés, elle me lance: "mets les steaks hâchés à frire! Les steaks hâchés!"; ou quand je m'apprete à porter le riz à la salle de préparation: "ramène le riz là-bas! Le riz!"

Au fil des jours, je prend de plus en plus d'initiative pour lui montrer que j'ai bien compris le boulot, et elle commence à me lacher la grappe. Mais quel stress elle semble ressentir, tout de même! Stress qu'elle tente visiblement de me transmettre, plutôt que son savoir-faire.

Il y a une autre femme assez âgée, le dos courbé et la voix stridente, mais qui m'est tout à fait sympathique car attentionnée et souriante.

Aiko-chan, une petite vietnamienne de 39 ans mariée à un Japonais, est femme de ménage la journée dans un hôtel de Shimoji. Lorsque que je lui demande si elle a des enfants, elle pointe du doigt un jeune homme fort occupé à trancher des amoncellements de légumes au fond de la cuisine. Je suis surpris de la différence de corpulence entre la mère et son fils de 18 ans, qui fait au moins le triple de son épaisseur.

Voilà pour ce qui est de la cuisine. A la salle de préparation, il y a environ six femmes. On voit qu'au bentoya, le personnel est essentiellement féminin.

jeudi 19 mai 2016

Plage de Maehama


En revenant de l'île de Kurima, la plage est sur la gauche après le pont.


Elle offre une superbe vue sur celui-ci.


Et le sable le plus fin de l'île de Miyako.




Le Tokyu Resort est situé à l'extrémité de la plage.



Avec sa mer tranquille et son étendue, elle est parfaite pour le farniente ou les jeux d'eau.



Exploitation à la japonaise

Pendant ma troisième nuit j'ai comptabilisé approximativement ma charge de travail. A moi tout seul (lorsque quelqu'un m'aidait à une tâche, j'ai divisé le nombre par deux), j'ai donc cuit et fais frire en cinq heures de travail:

2kg de pates
130kg de riz
50 morceaux de potiron
70 morceaux d'aubergine
25 mini steaks hâchés
30 steaks hâchés
220 tranches semi-circulaires de SPAM
30 croquettes
32 filets de porc panés
40 morceaux de poulets
25 filets de poulet panés
150 batonnets de poisson frit
35 petits poissons pânés
30 cordons bleus
45 mini saucisses
50 saucisses
1 grande marmite de radis blancs et carottes cuits à la sauce soja et mirin
32 omelettes carrées
14 omelettes roulées (5 natures, 4 aux algues séchées et 4 aux brocolis)

Et quand quelqu'un est en congé, il faut bien sûr assumer sa charge de travail à lui ou elle, en plus de ses tâches habituelles. Une belle idée pour faire culpabiliser les travailleurs et rejeter implicitement sur eux le problème de la surcharge de travail, plutôt que sur l'organisation. Il n'est ainsi pas surprenant d'entendre un travailleur s'excuser d'avoir causé plus de travail à cette occasion. Cette méthode procède d'un système plus général d'exploitation capitaliste à la japonaise qui a recours à des processus d'ethnicisation du labeur. Il me faudra y revenir.

Quoi qu'il en soit, on mesure bien l'importance du profit généré par cette importante charge de travail, dont les employés ne percoivent qu'une infime partie. A fortiori étant donné que nous n'utilisons pas de produits nobles (sinon on n'aurait pas besoin de tout faire passer à la friteuse, même ce qui sera bouilli par la suite).

L'interdiction de goûter aux plats cuisinés symbolise bien cette exploitation, en parachevant de nous distancer des fruits de notre labeur. Ce faisant, ne devenons-nous pas de simple machines de travail, et non plus des êtres pensant, souffrant et gourmands?


mardi 17 mai 2016

Plage de Sunayama


Je déteste les parkings bondés et les plages noires de monde.



La fameuse "montagne de sable" qui donne son nom a la plage (砂山).




C'est la saison des pluies




Dans l'enfer du bentoya: le fast food à la japonaise, ou comment j'ai failli être viré pour une saucisse

À mon arrivée à 22h40 la chef me demande de me changer: bonnet en papier qui redescend sur les oreilles et se clipse sous le menton, masque en papier qui recouvre le nez et la bouche, veste, pantalon et bottes blanches. Et elle m'explique le protocole de désinfection: nettoyage de l'uniforme (avec un rouleau adhésif), des mains (savon et brosse à ongles) et des bottes (frottées sur un paillasson vert dans une bassine d'eau).

Commence l'enfer. Cinq heures passées non stop entre deux énormes cuiseurs de 10 kilos de riz chacun à alimenter et assaisonner (sel, sauce mirin et eau), et les accompagnements frits (揚げ物agemono): des centaines de produits congelés que l'on passe à la friteuse: Morceaux de potiron, de jambon industriel en tranches semi-circulaires (le très populaire et abominable SPAM), steaks hachés, saucisses à la sauce aux herbes, croquettes de poulet (から揚げ karaage)... que l'on dépose ensuite dans de grands bacs jaunes sur deux feuilles de papier absorbant beige, et stocke dans une chambre refroidissante.

À côté de la friteuse, on fait en même temps bouillir de l'eau deux grandes marmites (鍋 nabe) pour les pâtes, et blanchir les oignons dans une casserole. Le minuteur du riz retentit et il faut sortir la cuve correspondante (celle de gauche ou de droite) pour vérifier le niveau d'eau, le corriger et replacer la cuve sous l'unité d'alimentation en riz, qu'il faut remplir de 30 kilos de riz toute les 3 cuissons.

...morceaux d'aubergines, de tentacules de poulpe reconstituées, croquettes de pommes de terre (クロケット kuroketto), petites saucisses nature, filets de porcs panés (とんかつ tonkatsu)... attention aux éclaboussures!

Il fait très chaud, la transpiration perle sous le chapeau et le masque, je rêve d'une lampée d'eau fraîche mais les ordres ininterrompus de ma patronne ne me laissent pas le temps de boire. D'ailleurs, où est la fontaine à eau du personnel? Après une demi-heure de course effrénée, j'ose lui poser la question. Elle est interloquée: "- Tu as ramené de l'eau? - Ben, non." Je réalise alors que je ne l'ai pas vu boire depuis plusieurs heures. Elle ne transpire pas non plus, d'ailleurs. Par dépit je lui demande si l'eau du robinet est potable. Comme il est souvent déconseillé de la boire, je suis surpris qu'elle me réponde par un haussement d'épaules impatient. Je n'ai pas le choix, je m'hydrate goulûment au robinet, je dois tenir.

À la deuxième sonnerie le riz est prêt: il faut aller sortir la cuve de riz et en ôter le couvercle. Pendant que le riz repose quelques minutes il faut vite aller égoutter les pâtes. Puis je reviens vers le riz pour rabattre les quatre coins du filet brulant qui le contient et porter les dix kilos de riz jusqu'au mélangeur, une grosse boule noire dont je soulève la moitié supérieure pour y verser le riz. Je l'actionne et la boule se met à tourner pour séparer grossièrement les grains de riz, puis déverse le tout dans un bac que j'ai préalablement recouvert d'un grand sac plastique bleu. J'ouvre le mélangeur pour récupérer les quelques poignées de riz restées dedans puis transporte le sac plastique dans un bac plus petit de la cuisine à la salle de préparation des bentos. Je reviens à la cuisine nettoyer la cuve puis remet le filet en place à l'aide d'un rond métallique. J'assaisonne et replace la cuve pour que se lance automatiquement une nouvelle cuisson.

...SPAM pané, blancs de poulet panés, mini steaks hachés, filets de poisson farinés, dont on finira la cuisson dans une grande marmite avec de la sauce soja (しょうゆ shouyu), pâte de gingembre (しょうが shouga) et un peu d'eau.

Le moment le plus intéressant fût la préparation des omelettes roulées (厚焼き atsuyaki) nature, aux herbes ou aux feuilles d'algues séchées (のり nori). C'est sans doute cette tâche qui m'incitera à revenir bosser ici demain, ainsi que les heures de boulot (qui me laissent toute la journée libre, ainsi que deux nuits de congé par semaine) et la nécessité de recevoir un salaire (qui, même majoré de 25% la nuit, ne revient pas à beaucoup quand il s'agit de gagner 825 yens de l'heure au lieu de 700 yens).

Rien à boire, une cadence infernale qui empêche les interactions entre les quelque quinze employés, tous focalisés sur leurs tâches... À la fin de mon service, 4h du matin, je me rends compte qu'il n'y a pas de staff food non plus pour récupérer nos forces! Un comble après avoir préparé tant de nourriture! Nous échangeons avec ma patronne la formule habituelle de fin de boulot "Nous avons travaillé durement" (お疲れ様でしたotsukaresamadeshita), et je la laisse dans l'enfer.

En traversant la salle de préparation des bentos je croise un de ces bacs de saucisses à la sauce aux herbes et m'empare prestement de l'une d'elle. Une employée d'une cinquantaine d'années, située près de la sortie, me suit d'un regard paniqué: "- Ce n'est pas sain de toucher les aliments avec les doigts! - C'est pour la manger en fait - Ah bon, on t'a dit que tu pouvais? - Oui, oui", rétorquai-je en croquant nonchalamment dans l'objet du délit. Miam!

Pendant que je me change au vestiaire j'entends la patronne m'appeller: "Alo!"  (もしもし moshi moshi). Je tire le rideau du vestiaire et sors pour lui faire face: "- Il paraît que tu as mangé une saucisse? - Oui, j'avais faim - Mais c'est interdit!  (ダメだよ dame dayo- Pardon, c'est que je pensais qu'il y aurait de la staff food donc je n'ai pas mangé avant de venir." Elle me jette un regard dubitatif et repart. Je quitte les lieux songeurs: me pardonnera-t-elle mon geste?

lundi 16 mai 2016

yakitori

Hier soir nous sommes sortis tous les trois avec Junko pour le départ de Dodo-kun. Il a décidé il y a quelques jours de mettre un terme à son séjour ici pour rentrer à Nagano et s'occuper de l'exploitation agricole familiale.

Nous avons jeté notre dévolu sur un yakitori ouvert l'année dernière par le patron du loueur de voitures et de sports nautiques voisin du Painagama Café. Grand bien nous en a pris, tant le repas fût parfait! Toutes les parties du poulet sont cuisinées ici, brochettes de peau, de foie, de chair... dans une variété de cuissons: frits sous forme de karaagé fondants à la pâte légère, ou rosé à coeur en salade pimentée avec julienne de concombre et graines de sésames:


Oui, rosé à coeur! Cette cuisson habituellement prohibée est ici possible, et délectable, par la fraicheur de la viande et le talent du chef yakitori. Au fil des bières et des whisky sodas, j'aborde le sujet de la difficulté à être libre dans un monde cloturé. Mais pour Junko, tout se joue au niveau individuel. Elle accepte ainsi la violence institutionelle (qui fait peser sur les travailleurs sans permis la menace de sentences non moins lourdes que l'extradition et l'interdiction de territoire). Dodo rejoint mon sentiment et parvient à le lui traduire de façon convaincante.

Junko nous invite, je paye donc les cocktails à l'etablissement suivant: le Coppacabana.


Puis nous continuons la fête au Village de LOEWE, une sorte de club où les quelques employés vivent en communauté et construisent le lieu ensemble. Il est situé en pleine nature, et permet donc de festoyer sans considération du volume sonore, sous un beau ciel étoilé. L'ambiance varie selon la fréquentation: ce soir-là nous nous joignions à un groupe aui fête un anniversaire et chantons avec lui au rythme des guitares et percussions. Junko, saoûle, ne parle plus qu'anglais. Les boissons sont fournies toute la nuit jusqu'à plus soif. Notre verre à peine vidé et rapidement remplacé par une nouvelle concoction, que les employés viennent nous porter que nous soyons sur la piste de dance ou sur le toit à admirer les étoiles. Et lorsque vient l'heure de rentrer, on ne nous impose pas une addition, mais un grand coffre à trésor est ouvert dans lequel on dépose une donation de notre choix, selon ses moyens et son appréciation.